Les
Promenades d'été

Les
lieux
L’un des objectifs de ce projet est la rencontre de l’art
vivant et du spectacle vivant avec des lieux à découvrir
ou à redécouvrir du patrimoine architectural ou naturel
en milieu rural en pays Dunois et en pays de Beauce. Ces lieux ont été
soigneusement choisis en fonction de leur intérêt et de
leur diversité : ferme de la Basse-Cour à Gommerville,
moulin d’Ymonville, écomusée de la Vallée
de l’Aigre à la Ferté-Villeneuil, place de l’église
de Dangeau, Moulin de Frouville-Pensier à Ozoir-le-Breuil, église
de Meslay-le-Vidame, plan d’eau d’Auneau, abbaye de Nottonville.
Des artistes en campagne
Pour Textes & Rêves et pour la Caravane des poètes,
la présence de l’art dans les campagnes aujourd’hui
est une préoccupation primordiale. Elle s’incarne particulièrement
avec ce projet qui a été minutieusement préparé
par la recherche sur le terrain des divers lieux de représentation
et à travers une résidence d’artistes à la
ferme de la Basse-Cour qui préludera à la création
du spectacle.
Une création originale
Les Promenades d’été sont une création théâtrale
et musicale pour cinq interprètes, piano, voix chantée,
voix parlée. Le spectacle écrit et composé par
Henri Ronse se présente comme un collage original de musiques
et de poèmes, de scènes et de récits, de contes
et de chansons mêlant, dans une construction subtile, les genres
et les formes artistiques. Il évoque la magie d’un moment
immobile où le temps se suspend, où les sens s’aiguisent
quand les odeurs montent de la terre et que notes, images, voix, textes
s’élèvent pour rassembler adultes et enfants et
les inviter, par l’art de mythes très anciens et de mots
familiers, à retrouver une rêverie millénaire qui
rattache le bonheur et l’insouciance d’une saison à
l’énergie mystérieuse de la terre
Les thèmes
Les Promenades d’été évoquent cette période
de l’année qui va du solstice, des feux de la Saint-Jean
aux vendanges. Dans la ronde des saisons, c’est le temps des moissons,
de la fenaison, de la canicule, des orages ; dans le loisir des hommes
et dans les combats de leur histoire, ce sont les fêtes nationales,
les grandes vacances, l’invention des congés payé,
Sea, sex and sun, la sieste, la saison des amours puis la rentrée
des classes. Tous ces thèmes, insouciants ou mélancoliques,
immémoriaux ou modernes composent un parcours où l’on
passe du sourire à l’émotion, du rire au rêve
comme un album d’images qu’on feuillette, comme les vacances
qu’on a vécues ou qu’on projette, vif comme le swing,
furtif comme un amour d’été ou lent et obstiné
comme le travail des hommes sur la terre. Un spectacle contrasté
et vivant.
Les textes
Parmi les textes qui composent l’architecture des Promenades d’été,
on retrouve des poèmes de Rimbaud, de Cocteau, d’Anna de
Noailles ou de très anciens petits poèmes japonais, l’extraordinaire
Booz endormi de Hugo, un conte africain, des proses de Colette, des
pages de La Terre de Zola sans oublier quelques-uns de nos contemporains
majeurs comme Pierre Michon.
Les musiques
La musique est très présente dans ces Promenades d’été.
Elle est aussi très contrastée car si l’on y entend
un impromptu de Schubert, des Danses Roumaines de Bartok, la danse du
meunier et la danse de la meunière du Tricorne de Manuel de Falla,
une arabesque de Debussy, des mazurkas de Chopin, on y retrouve aussi
d’anciennes chansons françaises, la Chasse aux papillons
de Brassens, les Blés de Brel, des mélodies de Trénet,
Léo Ferré, Piazzolla, et aussi les Négresses Vertes
et Boby Lapointe…
Décor et costumes
Le spectacle se joue en plein air devant un moulin, sur le porche d’une
église, dans une abbaye ou sur un site naturel. Dans le plein
jour ou dans la nuit de l’été, entre projecteurs
et clarté naturelle, il se présente tantôt comme
un rêve ébloui de lumière, tantôt comme le
songe d’une nuit d’été. Il suffit de quelques
bottes de paille, de meubles de jardin disséminés autour
d’un clavier pour que s’instaure le temps du rêve
et des histoires. L’affiche du spectacle reprend l’admirable
tableau de Poussin consacré à l’été
: les costumes évoquent dans des matières et des formes
simples, sans âge, les couleurs du peintre.
Les interprètes
Ce spectacle de textes et de musiques a été conçu
par Henri Ronse. Il est interprété par François
Cornu, pianiste, Garance Duarte, chanteuse et accordéoniste,
et trois comédiens : Marie Poumarat, Patrice Dehent et Henri
Ronse.
Les partenaires
Les Promenades d’été sont une création de
Textes & Rêves et de La Caravane des Poètes réalisée
avec le soutien du Pays de Beauce, du Pays Dunois, de l’Eure-et-Loir,
de la Région Centre, du Ministère de la Culture et de
Leader +.
A propos des Promenades d’été
Comment sont nées les Promenades d’été
?
A Noël 2004, j’avais réalisé avec Marie Poumarat,
Garance Duarte et François Cornu, un spectacle intitulé
Le Voyage d’hiver. Ce spectacle avait été créé
à la demande de Philippe Vigier qui recherchait une manifestation
de qualité qui pourrait toucher tous les publics dans des petites
communes rurales du pays Dunois et du pays de Beauce. Nous avons donc
réalisé dix représentations, parfois dans des villages
de moins de 300 habitants. Le défi était excitant ; le
succès fut à la mesure des espoirs des uns et des autres.
A la fin de l’année dernière, un nouveau projet
est né pour prolonger celui-là, et nous avons rencontré
les responsables du GAL Beauce Dunois pour monter une nouvelle opération
dans le cadre du programme européen Leader + (qui a pour objectif
de favoriser, de diverses manières, l’accès à
l’art, à la culture et à la création en milieu
rural).
Ce nouveau projet, ce sont donc Les Promenades d’été
?
Oui, après Le Voyage d’hiver, Les Promenades d’été.
Nous prenons pour thème une saison, articulée autour du
solstice : solstice d’hiver pour Le Voyage, solstice d’été
pour Les Promenades. Il y a là quelque chose qui touche aux fondements
des rythmes de la vie et que notre civilisation de la technique a un
peu égaré. Depuis des siècles, les solstices et
les saisons en général ont marqué la réflexion
et la création des hommes : mythes, fêtes, rituels, rites
de passage d’où dérivent contes, poèmes,
musiques, chansons. Ce mouvement trouve des prolongements parfois inattendus
dans l’art le plus contemporain.
Les spectacles que nous créons à ces occasions reflètent
cette multitude d’approches. Ils se présentent, à
chaque fois, comme un collage où se mêlent des musiques
savantes et des musiques populaires, des contes, des poèmes,
des récits et même des chansons. C’est une forme
nouvelle, très ouverte, qui permet de toucher des publics très
différents. Chacun peut trouver une entrée particulière
au spectacle et, pour nous, c’est très excitant parce qu’aucune
des représentations n’est semblable à la précédente.
Comment travaillez-vous ?
Je commence par lire, par écouter, par rêver. Je collectionne
un matériau pléthorique de textes, d’images, de
musiques. Pour l’été, par exemple, je suis parti
d’un grand poème, Booz endormi de Hugo, de L’été,
l’admirable tableau de Poussin, du Rameau d’or de Frazer,
de quelques poèmes d’Yves Bonnefoy et de mon désir
de travailler dans les paysages de Beauce sur cet extraordinaire roman
visionnaire qu’est La Terre de Zola. Vous voyez que ce sont des
éléments en apparence hétéroclites. Ils
ont fonctionné chacun comme aimants qui ont attiré vers
eux une limaille d’autres textes, puis j’ai parlé
avec François Cornu et nous avons choisi des musiques pour piano,
classiques, romantiques ou contemporaines. Et puis, j’ai commencé
à constituer un choix de chansons où l’on trouve
aussi bien les Blés de Jacques Brel que Couchés dans le
foin de Mireille et Jean Nohain et des choses beaucoup plus contemporaines
comme Les Négresses vertes ou Michel Jonasz. Ensuite, j’ai
demandé à Garance Duarte, qui est chanteuse et comédienne,
et à Patrice Dehent de travailler ces chansons et, à l’occasion,
au cours des spectacles de la Caravane de cette année, ils en
testaient l’une ou l’autre en public. Vous voyez, toutes
les composantes du spectacle mûrissent ensemble. Et puis vient
le temps de la mise en forme. Nous y sommes !
Ce
n’est donc ni un récital de piano ou de chansons, ni un
spectacle de poésie, ni un spectacle de théâtre
ou de contes ?
Non. C’est autre chose : une forme nouvelle. Les artistes contemporains
ont beaucoup travaillé, depuis le cubisme, sur le collage ou
sur l’assemblage. C’est un peu de cette manière que
je travaille et que je conçois ces spectacles. Il y a un corpus
de textes (proses et poèmes), de musiques, de chansons et j’assemble,
je trie et surtout je monte ensemble ces éléments pour
en faire des petits moments théâtraux. Ces moments sont
reliés entre eux par des textes de liaison que j’écris.
Tout cela donne une forme mobile, vivante, qui est tout en contrastes,
en ondoiements, en suggestions, avec de brutales ruptures. J’aime
que, dans ces spectacles, on puisse à la fois, rêver et
réfléchir, apprendre et divaguer. Moi-même, j’apprends
beaucoup en les faisant. C’est comme si on revoyait toute l’histoire
de l’art et de la littérature à partir de l’été,
de sa réalité physique : chaleur, sécheresse, canicule,
travaux des hommes.
Est-ce que les sites que vous avez choisis pour Les Promenades d’été
ont influencé le spectacle ?
Evidemment, et c’est même l’une des dimensions qui
sont à l’origine du projet. Je voulais, passez moi l’expression
un peu conventionnelle, rendre hommage à un certain nombres de
lieux du petit patrimoine rural. Il n’y a pas que la cathédrale
de Chartres, Notre-dame de Paris et le château de Chambord ! Un
moulin à vent, planté au milieu de la plaine de Beauce,
entre l’infini des blés et l’infini du ciel, un plan
d’eau, une grange à la charpente en carène de navire…
peuvent être des trésors que l’on néglige,
que l’on ne voit pas, que l’on ne connaît pas. C’est
pourquoi nous avons choisi très minutieusement, Marie Poumarat
et moi, les huit sites (quatre en pays de Beauce et quatre en pays Dunois)
de ces promenades d’été. La plupart sont des sites
de plein air. Le thème et la saison du spectacle y incitaient
et j’ai choisi, en même temps, de relier chaque représentation
au site particulier dans lequel elle se déroule, cela par les
textes de liaison que j’ai écrits. Et croyez-moi, c’est
très émouvant de se dire que l’on va partager avec
le public des pages de cet extraordinaire roman visionnaire qu’est
La Terre de Zola devant le moulin de Frouville-Pensier où Zola
s’était rendu lorsqu’il avait fait son « enquête
» sur le terrain, en Beauce, pour situer le contexte physique
de son livre. J’aime cela parce qu’on entre dans un autre
rapport plus riche, plus dense, plus complexe, à la fois, au
texte et au monument. Le fait qu’à Frouville-Pensier par
exemple, le spectacle se terminera avec la tombée de la nuit,
au pied de ce moulin, dans cette plaine immense, balisée au loin
par les petites lumières des éoliennes me touche profondément.
C’est un moment qui dépasse la notion de spectacle. Je
pense qu’il peut être sensible pour tous.
Parlons justement de la mise en scène du spectacle.
La scénographie est très simple et, d’une certaine
manière, différente à chaque fois. Sa base est
le monument qui fonctionne tantôt comme fond, tantôt comme
habitacle. Les éléments scéniques seront quelques
bottes de paille, quelques chaises et fauteuils, des draps blancs. Nous
jouerons, tantôt en lumière naturelle, tantôt sous
des projecteurs. Le centre de la scène, d’une certaine
manière, (un centre qui n’est pas au centre) sera le clavier
: un piano électrique sur lequel joue François Cornu.
Les costumes, pour l’essentiel, s’inspirent des couleurs
de L’été de Poussin, des jaunes, des bleus, des
rouilles, ils seront tous de la même matière. Il n’y
a pas d’effet spectaculaire, la recherche est celle d’une
seconde simplicité mais toute notre attention est portée
vers la qualité de la polyphonie : fluidité des enchaînements
entre les textes et la musique, netteté des ruptures, texture
des voix. J’attache une grande importance au côté
« poème sonore » de cette aventure. Il y a trop de
bruit autour de nous, il faut réapprendre à écouter
et, de ce point de vue, le fait que la plupart des représentations
se déroulent en plein air où la voix ne sonne pas de la
même manière me passionne. Ce n’est pas toujours
facile pour le chant, surtout comme lorsque, dans le spectacle, il est
souvent donné à capella, mais j’aime toutes les
ressources et les fragilités de la voix humaine.
Comment situez-vous ce spectacle par rapport aux autres spectacles
de Textes & Rêves et de la Caravane des Poètes ?
Les premiers spectacles de Textes & Rêves depuis Mademoiselle
Julie étaient des productions théâtrales au sens
classique. Nous avons eu la chance qu’ils connaissent souvent
un succès qui les a emmenés au-delà de frontières
de l’Eure-et-Loir et même de la région Centre. Certains,
comme Le Croissant de lune, Saletés ou Valse n°6 se sont
joués plus de cent, cent cinquante fois dans les festivals, à
l’étranger. Avec la Caravane, nous avons découvert
une autre approche fondée sur la lecture mise en scène,
sur l’itinérance. Notre objectif a été d’aller
au-devant des publics, jouer partout sans contrainte ni pesanteur techniques.
Depuis l’an dernier, on peut dire que ce pari est totalement gagné
: plus de 20000 spectateurs chaque année sur les six départements
de la région Centre. Nous avons joué dans des lieux parfois
improbables, mal équipés, à l’acoustique
difficile, tout sauf des lieux de spectacle. Nous avons joué
sur l’eau, sur des marchés. Nous n’y étions
pas toujours préparés. J’étais, pour ma part,
plus habitué aux ors des théâtres nationaux et des
opéras, et cela a été pour nous l’occasion
de découvertes et de rencontres extraordinaires. Le moment est
venu, d’une certaine manière, de faire la synthèse
entre ce travail de la scène et ces expériences de terrain.
Et des spectacle, comme Le Voyage d’hiver ou Les Promenades d’été
sont un peu pour moi des « têtes chercheuses », des
« OVNI », des objets théâtraux non identifiés.
Une nouvelle forme de spectacle dans des lieux différents, à
la recherche d’autres publics. Cela correspond à un nouveau
temps de la décentralisation théâtrale et qui coïncide
bien avec la réalité du territoire de notre région,
principalement rurale. Il y a du pain sur la planche. C’est passionnant
et je suis très heureux d’avoir fédéré,
autour de ce projet, des artistes – comédiens, poètes,
musiciens, chanteurs, plasticiens – très différents,
de générations différentes.
HENRI RONSE
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